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Coups de coeurs TelevisionQuelques considérations sur les séries télévisées - Six pieds sous terre par Olivier (25 mars 2010) Les séries télévisées sont aujourd'hui les programmes les plus regardés de la télévision. Sont-elles une œuvre d’art, un simple divertissement, un pur outil économico-politique, un outil de manipulation politique ou un facteur d’abrutissement? Et si elles étaient tout cela en même temps. A défaut de pouvoir apporter une réponse directe et définitive, penchons-nous sur une de nos séries fétiches: Six pieds sous terre
Pourquoi devons-nous
mourir?
Six pieds sous terre
(Six
Feet Under) est
une série télévisée américaine en 63 épisodes, créée par Alan Ball. Chaque épisode commence par une mort. Défunt qui deviendra client de la société des pompes funèbres Fisher. Le prénom, le nom, l'année de naissance ainsi que celle de la mort, sont toujours annoncés dans ce prélude d'ouverture, sous fondu blanc "céleste". La réflexion sur la mort est permanente, et la série n'hésite pas à aborder des sujets durs voire dérangeants. La série ne présente par la mort comme un spectacle mais d’abord comme un problème existentiel qui permet de poser la question du sens de l’existence. La série est en somme un divertissement qui propose une longue méditation sur la mort.
Mais la série dépeint
aussi la vie ordinaire de la famille: on assiste à des mariages, des
anniversaires, des naissances et des disputes comme dans toutes les
vies. Il ne s’y passe rien d’extraordinaire ou de spectaculaire (ce
qui pousse Mona Chollet1
à y voir un exemple antagonique à toutes les autres séries qui,
elles, dépeignent des rêves de droite, des success stories aux
ficelles un peu grosses, dont l’impact sur les esprits est
inversement proportionnel à leurs chances de se produire dans la
vie. Aucune trace de bling-bling dans son esthétique. En la regardant, il ne se mêle pas à notre plaisir une vague frustration à l’idée qu’on ne conduit pas une voiture de luxe ou qu’on ne rentre pas dans une taille 36. Les personnages peuvent être charmants, mais ils n’ont pas le visage lisse, le brushing impeccable, la silhouette irréellement mince et les tenues pimpantes qui sont de mise dans la plupart des autres séries. Très loin de la banlieue cossue et ripolinée de Desperate Housewives, un grand nombre de scènes se déroulent dans la maison sombre et vieillotte des Fisher, qui doit rappeler à plus d’un spectateur celle de ses parents ou de ses grands-parents, et dont l’atmosphère est d’autant plus déprimante qu’elle abrite à la fois le domicile de la famille et son entreprise de pompes funèbres. Il faudra attendre les derniers épisodes de la dernière saison pour qu’elle ait droit à un coup de frais qui symbolisera le passage de relais entre les générations. La prouesse de Six Feet Under, c’est d’aborder la vie de manière aussi frontale et honnête que la mort, sans rien occulter de ses difficultés, de sa cruauté, de sa brutalité - ce qui rend les moments de grâce encore plus forts; c’est de montrer des personnages névrosés, déboussolés, tâtonnants; et d’exploiter cette matière, habituellement bannie des productions grand public, avec un tel sens de la dramaturgie, un tel humour qu’au lieu de prendre ses jambes à son cou, on est vissé à son écran. Certes, la série ne propose pas à proprement parler un idéal. Mais, au moins, elle ne renforce pas le crédit de ces "idéaux" à la fois tyranniques et dérisoires que sont la réussite matérielle, la voiture de luxe ou la taille 36. Et elle fait aimer au spectateur des personnages qui lui ressemblent, ce qui n’arrive pas si souvent. Par ailleurs, son dispositif narratif entremêle les destins de gens particulièrement nombreux, et aussi différents que possible les uns des autres par leur âge, leur caractère, leur origine culturelle ou leur milieu social: non seulement les membres de la famille Fisher, mais aussi les proches des morts dont celle-ci a la charge de préparer l’enterrement, ainsi que ces morts eux-mêmes, qui s’avèrent on ne peut plus bavards et remuants. À chaque nouvel épisode, les héros font donc la connaissance d’un mort différent et de ses parents ou amis; la rencontre a des résonances profondes dans leur manière de mener leur propre vie. Le secret de la série réside peut-être dans ce foisonnement d’ouvertures sur des univers singuliers et dans la sagesse qu’il traduit obscurément: "l’attachement à la vie n’est pas conditionné par son caractère heureux, ou pas uniquement, comme le croient les producteurs de bluettes et les forcenés de la "positive attitude", mais tient avant tout à sa richesse, à sa diversité"2. Pour revenir sur le thème de la mort, tout se passe comme si le fait d’avoir une conscience accrue de la réalité de la mort, rendait les choix plus importants et donnait plus de sens à l’existence. En outre, toutes les morts qui ouvrent les épisodes diffèrent toutes les unes des autres, certaines sont loufoques, d’autres sont tragiques, soulignant ainsi le caractère contingent des circonstances de sa venue. La série pose de surcroît la question de l’attitude à adopter à l’égard de la mort: feindre de l’oublier ne revient-il pas à oublier le temps et si oublie le temps et la finitude, comment donner de la valeur au temps présent et à ce qu’on réalise? En outre, puisqu’on ne dispose pas d’un temps inépuisable, la pensée de la mort implique de choisir et par conséquent de prendre l’initiative. C’est ce qui se passe dans Six Feet Under et c’est en quelque sorte le miroir que la série nous tend. Ainsi, "la pensée de la mort n’est pas le néant, ni même le comble de l’absurdité, mais une source d’énergie comme nulle autre, parce qu’elle rend possible un choix libre"3 1 Mona Chollet, Rêves de droite, défaire l’imaginaire sarkozyste, éditions zones, 2008 2 Op.cit., p. 87-89 3 Thibault de Saint Maurice, Philosophie en séries, Ellipses Marketing, 2009, p. 148
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