| ASSOCIATION DU 38 - Coups de coeur, gueule, projecteur |
Coups de GUEULE DiversEt si nous pensions? par Olivier (01 avril 2010) Cela n’aura échappé à la sagacité de personne: le débat sur les pensions approche à grands pas. Ce débat est bien évidemment un débat fondamental. Et sur ce sujet, démocratie médiatique oblige, chacun-e y va de sa petite idée. Le renforcement du premier pilier (à savoir celui de la pension légale) pour les uns. Tout miser sur le deuxième pilier (celui constitué par les assurances-groupes, financé par des cotisations des employeurs et des travailleurs et qui concernerait 60% des travailleurs du secteur privé). Voire créer un deuxième pilier pour les contractuels du secteur public (que le pouvoir public rechigne et répugne à rendre statutaires pour ensuite dénoncer le fait qu’il ne soit pas normal que deux personnes exécutant le même travail, l’un statutaire, l’autre pas, ne perçoivent pas la même pension). D’autres veulent balancer tout le système par-dessus bord pour créer un compte de carrière comptant moins de jours assimilés (Open-Vld). D’autres encore ne souhaitent plus parler de l’âge légal de la pension mais bien de 45 années de carrière. N’oublions pas non plus le fossoyeur du droit universel que sont les allocations de chômage (Frank Vandenbroucke, prétendument socialiste, pour ne pas le nommer) qui veut un Accord interprofessionnel sur les pensions où les travailleurs renonceraient à des augmentations salariales pour financer un deuxième pilier. De son côté, le ministre des pensions, Michel Daerden affirme que chacun devra travailler trois ans en plus, histoire d’augmenter le taux d’emploi en Belgique. Rappelons que le taux d’emploi comptabilise les personnes actives sur le marché du travail au moins une heure par semaine entre 15 (!) et 64 ans. Voilà, le cadre est dressé: il faut s’attaquer au système des pensions et ce, même si l’annonce en public des petites idées de chacun ne va pas nécessairement faciliter la moindre négociation puisque chacun risque de s’arquebouter sur ce qui a été proclamé haut et fort (effet d’annonce quand tu nous tiens!). Mais au fait, pourquoi réformer les pensions? Pour qu’elles restent collectivement payables? Et en effet, à en croire les fonds de pension et les compagnies d’assurance privées qui essaient de fourguer le troisième pilier – l’épargne-pension, la catastrophe serait imminente, mais bon qui parle et à quel titre? Pour s’octroyer un revenu plus attrayant à un âge plus avancé? Ou pour faire travailler plus de personnes pour faire tourner l’économie sans trop recourir à l’immigration? Ou encore pour supprimer une bonne fois pour toutes les prépensions (et les mots sont importants: un jeune prépensionné n’est-il pas plutôt un vieux chômeur?). Voire pour faire des retraités une variable d’ajustement de la crise et s’attaquer ainsi à un autre pan durement conquis par la lutte de ce grand ensemble qu’est la sécurité sociale? Et aussi, pas nécessairement accessoirement, pour rompre avec le système de répartition (où l’actif actuel cotise pour les retraités) pour lui substituer le système par capitalisation (où l’actif cotise pour lui-même pour autant que son épargne ne parte pas en fumée suite à une crise financière ou l’autre). Il faut certes améliorer les pensions puisqu’elles sont parmi les plus basses en Europe et que l’on rencontre de plus en plus de pensionnés pauvres (et les fonctionnaires pensionnés y sont également confrontés: loin de l’idée reçue, toutes les pensions du secteur public ne sont pas des montants mirobolants et les diverses lois ayant réduit les effets de la péréquation1 participe également de cet affadissement des pensions du secteur public). Mais peut-être que le pouvoir public préfère investir dans la construction de prisons plutôt que dans l’augmentation de la pension légale. Certes, il faut rappeler que lorsque la pension légale a été fixée à 65 ans, l’espérance de vie moyenne d’un homme était de 64 ans. A l’heure actuelle, les sexagénaires se considèrent comme de jeunes seniors qui tablent sur une vie dénuée de gros soucis de santé jusque l’âge de 80 ans. Et c’est très bien comme cela. Qui a dit que l’on était venu sur terre pour travailler? Et si la redistribution des richesses servait à assurer le bien-être de tous. Face aux propositions visant à octroyer un bonus, un stimulant à ceux qui souhaitent continuer de travailler, voire à supprimer les plafonds de revenus autorisés aux pensionnés souhaitant travailler, on pourrait répondre positivement (même si nous nous permettons de douter que cette volonté soit partagée par tous les ouvriers essorés par la productivité accrue dont la Belgique se targue d’être un fer de lance) et même si on ne peut s’empêcher d’y voir une nouvelle méthode pour mettre (encore un peu plus) sous pression les actifs. Mais quiconque veut faire travailler les gens plus longtemps sait que le coût du travail sera plus onéreux alors que le taux de productivité sera plus faible. Les travailleurs plus âgés ne sont pas les moins chers: l’employeur sait cela (ce qui explique par ailleurs le dégagement massif de travailleurs plus âgés). L’objectif doit peut-être être ailleurs (vilipender et stigmatiser ceux qui ne travaillent pas, par exemple). En outre, dans le climat actuel, cette hystérie de l’activation ne permet pas l’énumération d’autres arguments. Imaginons ainsi que les prépensions soient supprimées et qu’il faille travailler plus longtemps.
Quelques questions
concernant la combinaison entre le travail et la vie familiale:
faut-il sanctionner les familles monoparentales ou les familles qui
travaillent à temps partiel pour s’occuper des enfants en leur
promettant une pension plus basse? Il est permis d’en douter à l’heure où les services publics sont de plus en plus mis à l’encan. Tout ça pour dire qu’en effet, le dossier des pensions est capital et qu’il mérite plus que des petites idées qui tiennent sur un bout de papier. Réformer les pensions revient à réformer la société et c’est autrement plus complexe que de passer au Zevende Dag ou à Mise au point! 1 Pour faire simple, principe selon lequel toute augmentation salariale octroyée dans le secteur public se répercute sur la pension de l’agent du secteur public retraité ayant eu le même grade. En gros, quand il pleut sur le travailleur actif, il bruine sur le pensionné. Mais si l’employeur public a la bonne idée de changer le nom de la fonction, on peut ranger le parapluie!
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