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Coups de projecteur Elections

Un spectre hante l’Europe: des élections sans électeurs

par Olivier (03 juillet 2009)

Le fonctionnement efficace d’un système démocratique requiert en général un certain niveau d’apathie et de non-participation de la part de certains individus et groupes.
La Commission trilatérale

Il y a beaucoup à dire des élections. A voté. "L’électeur" a tranché, "L’électeur" avertit, "L’électeur" confirme, "L’électeur"…

Au-delà de tout ce qui a déjà été dit, écrit; quelques considérations et pistes de réflexion.

Pour les élections régionales, 1 188 634 personnes n’ont pas exprimé de vote. Sur 7 760 436 inscrits, ces ombres représentent 15,32%. Un sur six. Un million cent quatre-vingt-huit mille six cent trente-quatre personnes n’existent pas dans le discours susmentionné.

Si nous voulons comparer ce score à ceux qui sont publiés pour les partis présents aux élections, il faut l’exprimer en pour-cent des votes dits valables, ce qui nous donne 18,09%.

746 021, soit 9,61% des inscrits, ne se sont pas présentés aux bureaux de vote, et 442 613, soit 5,70%, ont voté blanc ou nul.

Si on compare ces pourcentages qui valent pour toute la Belgique aux résultats exprimés en pourcents et qui valent seulement pour une partie la Belgique (Région wallonne, Communauté française, Région de Bruxelles-Capitale, Communauté germanophone et Région flamande), on ne peut qu’être soufflé par l’importante de ces fantômes et on est assurément enclin à relativiser l’ampleur des scores glanés par les partis.

Le suffrage universel ne mobiliserait-il plus les citoyens? Lorsque les programmes se tiennent dans un mouchoir de poche, l’élection d’un représentant est–elle devenue illusoire?

Le constat est analogue en pire pour le scrutin européen: sur 500 millions d’Européens, dont 388 millions d’électeurs, seuls 176 millions sont allés voter le 7 juin malgré les 17 millions d’euros dépensés par l’UE pour les convaincre.

En l’absence d’une campagne électorale européenne, c’est un euphémisme de poser le constat qu’ il n’y a pas eu de vote européen sur des programmes européens portés par des partis paneuropéens.

L’échec des partis de gauche au scrutin européen est également préoccupant: leur échec risque de confirmer les classes populaires, plus vulnérables à la crise, dans le sentiment que l’Europe est dans les mains des milieux plus favorisés. Mais précisément, les électeurs de gauche n’ont-ils pas déserté les urnes parce qu’aucune politique alternative ne se dessinait de ce côté?

La social-démocratie, longtemps un acteur majeur de la construction européenne, n’arrive plus à inspirer ses politiques et encore moins à mobiliser l’opinion dans un contexte de crise du capitalisme financier.

Alors que cette même crise du capitalisme aurait pu lui ouvrir un boulevard, il n’en a rien été. Mais il est vrai que, entre l’illusionniste Blair, héritier de Thatcher, et les tenants d’un anticapitalisme de principe (mais pas plus), une voie rigoureuse et cohérente n’a pas été cherchée.

Que l’on sache, on n’a pas vu les socialistes avant la crise s’attaquer au problème de l’hypertrophie financière, de la dérégulation, des paradis fiscaux et des rémunérations abusives et proposer des solutions européennes pourtant imaginables et même les seules à être réalistes (Aaah le Kyoto de la finance!!!).

Par ailleurs, la social-démocratie s’est cantonnée au mieux dans la défense (lisez le démantèlement) plutôt que dans la réforme de l’État social. Elle a laissé (tout en y contribuant) l’érosion fiscale miner le financement des politiques sociales, notamment d’éducation, de logement et de santé. Dans plusieurs pays, elle a déserté le terrain de la justice sociale pour celui des grands thèmes éthiques (euthanasie, droit des homosexuels,…)1, déportant ainsi son centre de gravité du social vers le sociétal et perdant ainsi de sa spécificité.

Un véritable chantier à poursuivre absolument avant la réinscription insidieuse à l’ordre du jour du suffrage censitaire: car en effet, face à cette apathie électorale et la montée électorale, d’aucuns remettent en question l’obligation du droit de vote dans notre pays, invitent les Irlandais à revoter, voire évoque une modification du régime électoral comme s’il fallait des citoyens, mais pas trop … seulement pour approuver!

 

1 Lire à ce sujet: Walter Benn Michaels, La diversité contre l'égalité, Paris, Raisons d’agir, 2009. Dans la foulée, que de foin sur la prestation de serment en portant le voile par rapport au silence constant sur la non-représentation ouvrière aux Parlements!

 

 

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