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La crise, la dette et la
démocratie
Catherine & Olivier -
30 novembre 2011
Comme
dans un western spaghetti, ces trois concepts se croisent, se toisent et
s’affrontent. Pour nous, la crise est un véritable moyen de gouverner.
Depuis notre naissance, c’est la crise, ou pour être plus précis, une
crise chasse l’autre. Comment ne pas voir dans ce recours à la crise un
effet d’aubaine pour imposer une stratégie de choc pour radicaliser
l’agenda néolibéral? Pourquoi ce recours permanent à la crise? Pour
museler les velléités revendicatrices? Pour imposer l’urgence et
circonscrire le débat? Pourtant, étymologiquement, la crise signifie le
moment du choix, moment sans cesse reporté, éludé, esquivé.
Et si
d’aventure, des velléités de débat devait malgré tout surgir, retour au
calme, il faut alors sortir les mantras suprêmes: Tina et la dette
surgissent et sortent leur pistolet.
La dette publique va nous être matraquée pour devenir un bruit de fond
permanent.
Malheur
à celui qui ose rappeler qu’il n’y aurait pas de dette publique si
l’état avait conservé son droit de création monétaire au lieu
d’emprunter à des investisseurs institutionnels qui s’enrichissent aux
dépens des contribuables.
Malheur
à celui qui ose rappeler que la dette publique est une autre façon de
nommer le crédit public et les investissements y afférents, synonymes de
redistribution des richesses.
Malheur
à celui qui ose soulever précisément le caractère anti-redistributif de
la dette: qui dit dette, dit créancier et débiteur. La dette publique,
qui a gonflé suite à l’intervention de l’État pour sauver les banques de
ses délires (en latin delirare veut dire sortir de son sillon),
est un mécanisme de transfert des richesses, des contribuables vers les
rentiers: "les moins riches paient les services de la dette et les plus
riches en détiennent les titres"[1].
En
outre, le poids de l’endettement sert alors de prétexte au démantèlement
des services publics et de la protection sociale. En route, grâce à
l’austérité, vers un état minimal, de préférence sans services publics:
"en réduisant en même temps les dépenses sociales et les impôts, la
politique néolibérale opère un transfert de revenu vers les classes les
plus aisées et les entreprises et un creusement des déficits par les
politiques fiscales, déficits qui deviennent à leur tour source de
revenus pour tous les créanciers qui achètent les titres de la dette des
États"[2]. Avec à la clé,
l’imposition de conditions qui aggravent les problèmes au lieu de les
résoudre (et pourtant, personne ne s’exclame: nous sommes tous Grecs).
Mais
Tina est là et elle veille au grain, imposée par la coercition et la
propagande au niveau mondial, elle représente et présente la situation
comme étant une fatalité naturelle, clamant qu’une "seule voie-voix
{serait} possible: celle du marché: celle-ci serait naturelle,
équilibrée donc indiscutable… "[3].
Et Tina
peut aussi compter sur ses amis les Lehmann Boys: Lucas Papademos, Mario
Monti et Mario Draghi. Les fous prennent la direction de l’asile comme
le dit Pierre Larroutourou.
Plus grave encore, effet d’aubaine suite et pas fin, on assiste à la
capture de la démocratie en faveur de gouvernement de technocrates en
Grèce et en Italie. Des technocrates qui, au vu de leur fait d’armes,
sont tout sauf neutres. Le tout dans une apathie quasi générale.
Quasi
car des voix s’élèvent malgré tout. L’indignation surgit. Certes, on
peut gloser et dire que ces mouvements qui apparaissent, en pointant les
excès du système, pourraient rester compatibles avec le système.
L’indignation suffit-elle? Non, mais c’est déjà un début, pourvu qu’elle
ne reste pas un énervement temporaire? Et puis comment ne pas voir cette
lueur d’espoir que représente ce mouvement alors que le néolibéralisme
tente depuis plus de quatre décennies de modeler l’individu d’une
manière telle que le citoyen devrait céder la place au consommateur, à
l’individu entrepreneur de lui-même, devrait être en concurrence avec
l’autre?
L’heure
est à l’indignation; elle l’est au rêve et à l’action commune pour que
la politique redevienne le champ des possibles et pour ainsi
reconstruire un imaginaire crédible de la transformation sociale. Et
dans ce cadre, "l’état devrait avoir pour mission principale de nous
assurer une égalité d’accès à une existence utopique: à une utopie
vécue, réalisée en temps et en lieux réels. C’est à cela que sert la
démocratie, et non au pilotage servile des mécanismes d’un capitalisme
ou d’une économie planifiée qui aveuglent les humains sur les potentiels
qu’ils portent en eux"[4]. Et
puis pour ceux que l’indignation exaspère, "la rage n’est pas
pareillement récupérable. Enragez-vous"[5].
Anger is a gift
Archives Politiques
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