| Association du 38 - Open Curtains |
|
|
|
|
|
Archives Théâtres |
||
Vous reprendrez bien un peu de théâtre?Olivier et Catherine - 29 février 2012 Les pendus- LOD/Josse De Pauw/Jan Kuijken au Théâtre national – le 8 décembre 2011 Un spectacle musical et vocal où des comédiens sont suspendus dans les airs. Image forte: sur un plateau dépouillé mais savamment éclairé, au-dessus d'un petit orchestre de dix-huit musiciens, se découvrent peu à peu cinq pendus: trois femmes, deux hommes. Une petite voix d'enfant en récitatif flotte dans l'air avec une question qu'elle répète et qui, leitmotiv douloureux, restera sans réponse:"Serais-je battu si je pense". Des voix polyphoniques splendides, l’orchestre de Wallonie joue une partition de Jan Kuijken, accompagnée par un violoncelle virulent, véhément et dissonant. Avec l'emploi du latin comme langue usuelle pour les parties chantées, s’inscrit aussi en lettres immenses en surimpression sur une toile tulle toute la panoplie de sévices inventés pour condamner, torturer, mettre à mort ceux qui dérangent. Impressionnant de voir à un moment les mots se superposer les uns sur les autres et s’emballer pour constituer une logorrhée illisible pour ne laisser en surimpression que le mot credo. Outre les trois chanteurs, deux acteurs portent un texte beaucoup plus familier, presque quotidien. Ils entament leur conversation(en néerlandais surtitré en français) avec un zeste d’humour: "Vous pendez bien?" - "Je pends très bien. Et vous?". Puis ils débattent de la science, de leurs pratiques de la science en convoquant Descartes, Spinoza. Un spectacle bluffant, parfois déroutant, sorte de parabole de la liberté de penser et de parler. Exils – Fabrice Murgia au Théâtre national - le 1er février 2012 Fabrice Murgia nous divise. Après le Chagrin des ogres qu’on avait bien aimé, Catherine avait plutôt détesté Chronique d’une ville épuisée. Mon impression avait été mitigée. N’étant pas masochistes, on s’était dit qu’on passerait notre tour la prochaine fois. Et puis voilà les programmes et l’annonce d’un spectacle consacré à la problématique des migrations, de l’exil et hop, nous voilà, à nouveau tentés. Quatre personnages, plutôt jeunes - un Noir et trois Blancs, soit deux hommes et deux femmes, parfois se parlant à trois autour d'une table ronde avec un mannequin, parfois deux en face à face mais à bonne distance, et parfois un seul qui pète une durite. Une femme en uniforme qui applique sans état d’âme la loi et énonce d’un ton neutre quelques consignes et explique à un clandestin pourquoi il doit rentrer dans son pays. Ce même clandestin, médecin de formation, qui raconte des bobards à sa mère dans une cabine téléphonique; un homme malade se fait livrer son alter ego en version poupée gonflable, et une employée surmenée complètement paumée qui se réfugie dans le rêve. Quatre personnes vivant en exil. Finalement être sans papiers ou sans perspectives ne revient–il pas à être assujetti au même sort? Exil intérieur ou réel dépeint à l’aide de tableaux visuels et sonores qui aborde les questions de notre rapport à l’autre, de notre ultramoderne solitude et de la fabrique de l’impuissance qu’elle induit. Le tout sans manichéisme de mauvais aloi. Le tout dans un environnement multimédia ultra esthétisant. Peut-être un peu trop finalement. Nous restons mitigés. Certes l’aspect multimédia est brillant, la vidéo, les bruits post-industriels sont bien utilisés quoiqu’un peu trop, mais pour nous ça manque de dialogue, ça vire vite au délire hystérique. Et puis , nous ne pouvons pas nous départir de l’impression , après avoir vu trois spectacles de Fabrice Murgia qu’il nous fait son John Irving voire son David Lynch (un univers somme toute assez proche à nos yeux) , à savoir que peu importe le sujet traité, les mêmes figures récurrentes reviennent: les ours, Vienne et la lutte gréco-romaine pour l’auteur américain , le délire sonore , le désir absolu de pousser la chansonnette (et de chanter faux évidemment) et la présentation d’une jeunesse paumée pour Fabrice Murgia. Nous restons un peu sur notre faim. Red – John Logan au Public Le 15 février 2012 Une critique élogieuse dans le quotidien vespéral, une présentation tout aussi aguichante par Julie, une offre de Fed+ et une soif irrépressible de dialogues nous incitent à aller de manière inattendue voir la pièce de théâtre Red au Public. Un atelier de peinture- celui de Mark Rothko (un peintre dont nous sommes férus). Rothko qui ratiocine avec vanité et arrogance. Rothko qui vient d’accepter la commande de quatre fresques pour le restaurant Four Seasons dans le Seagram Building. Rothko qui accueille son nouvel assistant et qui l’abreuve de sa morgue et de ses propos. Au cours d’une joute oratoire jubilatoire aux dialogues incisifs et percutants, ils vont débattre du processus artistique, de la place de l’art dans la société, de ce à quoi il sert, des liaisons dangereuses entre l’argent et l’art. Les escarmouches verbales virevoltent et questionnent donc sans cesse les thèmes mentionnés ci-dessus. La mise en scène est assez sobre: le plateau est dégagé et montre des murs nus avec seulement des toiles immenses de l’artiste et, fait qui nous a bien plu, le metteur en scène a eu la bonne idée de montrer le processus créatif en laissant les deux comédiens s’attaquer à une toile. Comme les Bildungsromane (romans d’apprentissage, genre romanesque allemand du XVIIIème siècle), la pièce est dotée d’une intrigue: petit à petit, les leçons pontifiantes de l’artiste cèdent la place à un débat plus équilibré et, tout comme Rothko a fait son chemin en écrasant les anciens, à la fin, l’assistant met le maître échec et mat, comme s’il tuait le père et la pièce se termine comme elle avait commencé avec Rothko, assis, scrutant une de ses toiles et demandant: que voyez-vous? Assez ironiquement, nous avons vu les fameuses fresques en question lorsqu’elles ont été exposées en 2008 à la Tate Modern de Londres. Un véritable festival truculent où le dialogue et la beauté de la langue ravissent et scotchent le spectateur du début à la fin. Bousculés, surpris, émerveillés par ce face-à-face fascinant, nous en redemandons! |
||
Accueil | Chemins & Ornières | Open Curtains | Le Chat Outré | CoOk 38 | CO² Production | ChildhOod | Le 38
La dernière mise à jour de ce site date du 10/03/12